Premières lignes #13

Cela fait un moment que je vois passer ce RDV sans oser le reprendre, alors j’ose 😆 Initié par Ma lecturothèque, le principe est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre. L’occasion de découvrir ou de redécouvrir des romans 🙂

Ma fille, fermez donc la porte, et venez près de moi. Voilà, ici. Je voudrais vous conter une histoire. Vous êtes en âge, maintenant, de l’entendre. Voyons… par où commencer ? Oui, bien sûr : par un beau jeune homme. Il était riche, noble, valeureux… grand, évidemment. Pour le reste, figurez-vous un visage et un corps selon vos goûts. Vous avez bien déjà vos petites préférences, n’est-ce pas ? Ne rougissez pas, mon poussin ! Une mère devine ces choses-là. Notre héros, donc, voulait prendre femme. Et pour choisir son épouse, il avait imaginé une étonnante épreuve. Les prétendantes devaient passer une nuit dans un lit fort haut, fait d’un empilement de dix matelas.

– Maman, je connais ce conte. Le prince avait caché un petit pois entre le sommier et le premier matelas. La jeune fille était d’une telle délicatesse qu’elle en fut gênée toute la nuit.

– Petite sotte ! Vous ne connaissez rien encore. Ne vous semble-t-il pas que cette histoire de pois est absurde au possible ? Que la morale en est on ne peut plus bête ? Sentir un petit pois à travers dix matelas ! Comme si une bonne épouse devait être à ce point fragile, et se pâmer au moindre inconfort ! Mon cœur, écoutez-moi bien. Les contes cachent une once de vérité sous mille fadaises. Voici le vrai de l’affaire. Celle-ci m’a été racontée par ma mère.

Pour commencer, il n’était pas prince, mais lord héréditaire. Près de Greenhead, à cinquante lieues d’ici.

– Et le petit pois ?

– Le petit pois, voyons ! Vous pensez bien qu’il n’y en avait pas plus que de citrouilles et de haricots magiques. Ou de bébés qui germent dans les roses et les choux. Cette manie de masquer la réalité derrière des légumes ! Ma douce, le conte du petit pois sous les matelas, c’est une soupe qu’on fait avaler aux fillettes innocentes. L’histoire réelle, celle de ce lord et des prétendantes qui couchaient chez lui, elle n’est pas pour les enfants. Il est des vérités sur l’amour, sur les nuits des jeunes filles et ce qu’elles font en leur lit, qu’on apprend en grandissant. Ce sont ces secrets que je m’en vais vous conter. Aussi, tendez une oreille attentive, et ne m’interrompez plus.

D’or et d’oreillers – Flore Vesco

C’est un lit vertigineux, sur lequel on a empilé une dizaine de matelas. Il trône au centre de la chambre qui accueille les prétendantes de Lord Handerson. Le riche héritier a conçu un test pour choisir au mieux sa future épouse. Chaque candidate est invitée à passer une nuit à Blenkinsop Castle, seule, dans ce lit d’une hauteur invraisemblable. Pour l’heure, les prétendantes, toutes filles de bonne famille, ont été renvoyées chez elles au petit matin, sans aucune explication. Mais voici que Lord Handerson propose à Sadima de passer l’épreuve. Robuste et vaillante, simple femme de chambre, Sadima n’a pourtant rien d’une princesse au petit pois ! Et c’est tant mieux, car nous ne sommes pas dans un conte de fées mais dans une histoire d’amour et de sorcellerie où l’on apprend ce que les jeunes filles font en secret, la nuit, dans leur lit…

Premières lignes #12

Cela fait un moment que je vois passer ce RDV sans oser le reprendre, alors j’ose 😆 Initié par Ma lecturothèque, le principe est de citer, chaque semaine, les premières lignes d’un livre. L’occasion de découvrir ou de redécouvrir des romans 🙂

Creusée dans le sol au cœur d’un immense pentacle gravé à même les dalles nues et froides, la cuve occupait le centre de la crypte, sous une voûte soutenue par des colonnes massives. Complexes mais harmonieuses, les lignes du pentacle s’entrecroisaient pour dessiner une étoile à douze branches enrichie de runes draconiques que la plupart des sorciers ne savaient ou n’osaient prononcer. Il émanait d’elles une puissance maléfique qui alourdissait l’atmosphère, cependant que de hauts cierges régulièrement disposés brûlaient. Des cierges noirs. Et dont les flammes, rougeoyantes dans l’obscurité, étaient du même incarnat que le sang fumant qui emplissait la cuve.

Une vieille femme s’approcha du pentacle. Ses longs cheveux blonds ternis de gris, elle laissa tomber à ses pieds le voile qui la couvrait et resta nue, offrant la peau blême et les chairs molles de son corps fané à la lueur érubescente des cierges. Puis elle descendit dans la cuve pour s’abandonner langoureusement à la chaleur poisseuse d’un sang qui, jamais, ne tiédirait. Paupières closes, tête rejetée en arrière et bras écartés sur le rebord de pierre, elle goûta un moment de délice et de grand repos. Enfin, après un soupir satisfait, elle se laissa lentement couler dans son bain, jusqu’ à disparaître.

Quelques secondes s’ écoulèrent avant que le pentacle réagisse. Soudain, les flammes écarlates des cierges doublèrent de taille tandis que les runes et les lignes gravées dans la pierre luisaient telles des braises. La surface du bain de sang se mit à frémir, à bouillonner bientôt. Des bulles naissaient et crevaient. Les cierges dévorés fondaient à vue d’œil. Dans le même temps, la lumière émise par le pentacle se faisait toujours plus vive. Mais elle ne se dispersait pas. Elle était un jaillissement continu, précis et vermillon qui découpait l’obscurité à la verticale selon le savant tracé du pentacle et le dessin torturé des symboles draconiques.

Il y eut alors une explosion aveuglante et silencieuse, et tout prit fin.

Lorsque l’on put de nouveau y voir dans la crypte, le pentacle était retourné à sa froideur minérale, la cuve montrait une surface lisse et miroitante, et les cierges réduits à l’état d’amas misérables donnaient des flammes grésillantes.

Celle qui émergea debout était désormais une très jeune femme au minois délicieux, au teint éclatant de blancheur, à la blondeur juvénile, au corps lisse, à la taille mince, aux fermes rondeurs. Le sang glissant sur elle comme sur une toile huilée pour la rendre à une beauté immaculée, elle quitta son bain et, d’un battement de paupières, elle déguisa les yeux reptiliens que le rituel avait révélés. Ce faisant, elle acheva de se muer en l’adorable vicomtesse de Malicorne, dont les charmes espiègles enchantaient la Cour et la vivacité d’esprit plaisait tant à la reine.

Loin du monde, elle ne s’obligea pas à sourire. Et alors qu’elle marchait hors du pentacle et allait vers l’escalier dérobé menant à ses appartements, on pouvait encore lire dans son regard une sagesse ancienne et cruelle qui trahissait non seulement son âge mais sa race, car le sang de dragon qui lui avait rendu la jeunesse coulait également dans ses veines.

Les Lames du Cardinal – Pierre Pevel

Paris, an de grâce 1633. Louis XIII règne sur la France et son éminence Armand Jean du Plessis de Richelieu gouverne avec lui. Personnalité des plus puissantes et des plus menacées de son temps, le Cardinal doit se garder de tous ceux qui jalousent l’influence qu’il exerce sur le roi, et se prémunir contre les attentats ourdis par les ennemis de la France, au premier rang desquels l’Espagne et sa Cour des Dragons. Car dans cet univers, des intrigues alliant espionnage, politique et sorcellerie menacent de faire vaciller le trône !
Or, en cette nuit de printemps 1633, Richelieu décide de jouer une carte maîtresse et reçoit en secret un bretteur exceptionnel, un fidèle parmi les fidèles dont le dévouement lui a autrefois valu d’être trahi et déshonoré : le capitaine La Fargue, chef des Lames du Cardinal !
En effet, l’heure est venue de reformer cette élite secrète autrefois dissoute dans l’opprobre et la raison d État : des combattants hors du commun, une compagnie d’aventuriers, d’espions et de fortes têtes rivalisant d’élégance, de mystère… ou de paillardise, qui ne redoutent aucun danger.

Premières lignes #11

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« Excusez-moi, madame, vous savez comment aller à la Vallée des brumes ? demanda Lina d’un air résolu à une dame qui passait devant elle.
— La Vallée des brumes ? Eh ben, j’en ai jamais entendu parler. Comme tu peux l’voir, après la gare, y a que not’ village et rien d’aut’ », répondit la femme en inclinant la tête.
Elle portait une robe aux couleurs passées et une paire de sandales en bois, des geta.
Lina avait envie de pleurer. Elle se trouvait dans une gare minuscule, qui ne comptait qu’un seul quai et deux bancs en bois. Les mauvaises herbes qui envahissaient les bords de la route non pavée, le bâtiment de la gare, tout était recouvert d’une épaisse couche de poussière. C’était peut-être pour cela que le village avait l’air tout blanc. Il y avait un vélo et deux ou trois personnes qui se déplaçaient à la vitesse d’un escargot.
Seul le soleil semble avoir de l’entrain, songea Lina les yeux pleins de larmes. Interloquée, la femme la prit par l’épaule et l’emmena au poste de police près de la gare.
« M’sieur l’agent, j’ai trouvé une enfant perdue ! s’exclama-t-elle sans entrer dans la salle.
— Oh ! C’est pas tous les jours qu’on voit des enfants perdus par chez nous ! » répondit le policier en les accueillant à la porte.
Il portait une chemise dont le col était déboutonné et il tenait un éventail.
« Je crois bien qu’on a affaire à une fugueuse ! » poursuivit-il en fixant Lina qui serrait fort son sac rouge et son parapluie contre elle.
En l’entendant, Lina releva énergiquement la tête et le regarda droit dans les yeux. Le policier, un homme d’un certain âge, la contemplait en plissant les paupières.
« Je ne me suis pas perdue et je n’ai pas fait de fugue ! »

La Cité des Brumes Oubliées – Sachiko Kashiwaba

Partie seule dans un lieu reculé pour les vacances, Lina se perd dans un épais brouillard. Lorsque la brume se dissipe enfin, la jeune fille découvre au cœur de celle-ci un village incongru… peuplé de personnages mystérieux et hauts en couleur. Coincée dans la pension d’une vieille mégère à la tête bien trop grosse, Lina va alors devoir travailler dans des boutiques plus extravagantes les unes que les autres pour regagner sa liberté au cours d’un voyage d’apprentissage rythmé par des rencontres inoubliables.

Premières lignes #10

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— Chaud devant ! Pardon, pardon… Sophie ! Je viens d’imprimer, tu jettes un œil ?
— Désolée, Jaouen, il faut que je file. J’ai un abus de confiance à 11 heures et deux braquages à midi…
— Mais y’en a pour une minute !
— Une minute alors… Fais voir… Ouh là ! C’est quoi, cette police de caractère ?
— Courrier New ! J’aime bien, ça rappelle les machines à écrire.
— La structure de ton rapport n’est pas très orthodoxe non plus… On a des modèles officiels, t’es au courant ?
— Allez, Sophie, dis-moi juste s’il manque un truc…
— Le contact du plaignant, déjà.
— Zut. Quoi d’autre ?
— Minute, je lis… Oui… Oui… « Laitier livreur de lait », sûr ?
— J’enlève « laitier » ?
— Par exemple. Et tu as mis deux fois « soir ». Pour le reste… Un peu sec, quand même.
— Un peu sec ?
— Un peu plat, si tu préfères.
— Alors je retravaille le style ? Le vocabulaire ?
— Oublie.
— Parce que je peux enjoliver, hein !
— Non. Enlève juste le « s » à « dormi », le « t » à « pu »… Et « pendiculaire » c’est pas un mot, Jaouen, tu sais ?
— Ben…
— Fais-moi confiance. « Pendiculaire », c’est pas un mot.
— D’accord.
— … Donc « pré-pendiculaire » encore moins.
— Quoi ?
— Ici, regarde : « plus loin dans une rue prépendiculaire »… Ça veut rien dire.
— Rien ?
— Que dalle.
— … Je mets « en biais », à la place ?
— Si ça te chante… Il faut vraiment que j’y aille, là.
— Alors je corrige, j’imprime, et je dépose ça sur le bureau du chef ?
—Non, tu corriges, tu imprimes et tu déchires. C’est Pivert qui s’occupe des véhicules volés.

L’effet coccinelle – Yann Bécu

Le lancement de l’Homo Sapiens, c’était une idée pourrie. Génétiquement trop instable. Le service Créa avait prévenu dès le début. Ils préféraient de loin le projet Bonobo. Question score de paix, une vraie promenade ! Bonobo Sapiens, ça aurait signifié la résolution du moindre conflit par le sexe… Chantier pépère, en somme.
Tu parles ! Les boss du 33e étage n’avaient rien voulu entendre. L’Homo Sapiens c’était parfait pour eux : audacieux, vendeur, et tellement sexy sur le papier.
Sur le papier, peut-être, mais sur le Terrain…
Parce que nous autres on est les techniciens, les larbins de la création… « Les Boueux », comme ils disent en haut lieu. Siècle après siècle on patauge dans ces eaux crapoteuses. Et chaque fois qu’on prend possession d’un corps ici-bas, on en paie le prix : coups de chaud, coups de froid, coups de pompe, coups de blues, coups de foudre, toute la chimie humaine s’impose à nous… Alors forcément, il arrive qu’on gaffe.
Or notre récente bourde risque de coûter cher. Si on ne la rattrape pas très vite, l’humanité va droit dans le mur…
Adieu, triple A.
Adieu, Homo Sapiens.
Et bonjour les sanctions.

Premières lignes #09

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Il n’y a plus de sorcières dignes de ce nom aujourd’hui, mais il y en avait avant.

Avant, l’air était si imprégné de magie que son goût de cendre s’attardait sur la langue. Tapies dans chaque forêt inextricable, les sorcières attendaient minuit aux carrefours, le visage fendu d’un sourire aux dents acérées. Elles conversaient avec les dragons au sommet des montagnes isolées et chevauchaient des balais en bois de sorbier sous la pleine lune ; elles persuadaient les étoiles de danser avec elles les nuits de solstice et ne partaient jamais à la bataille sans leurs familiers. Avant, les sorcières étaient féroces comme le corbeau, intrépides comme le renard, car la magie flamboyait et la nuit leur appartenait.

Mais alors vinrent la peste et les purges. On pourfendit les dragons, on brûla les sorcières, et la nuit appartint aux hommes brandissant des torches et des croix.

La sorcellerie n’a pas complètement disparu, bien sûr. D’après ma grand-mère, Mama Mags, on ne peut pas tuer la magie, car elle bat comme une formidable pulsation écarlate au-delà de toute chose, et si vous fermez les yeux, vous la sentirez vibrer sous la plante de vos pieds, boumboumboum. Simplement, elle se tient beaucoup mieux qu’autrefois.

La plupart des gens respectables ne peuvent même pas allumer une bougie avec la sorcellerie, de nos jours, mais nous autres pauvres bougresses nous y essayons encore ici et là. « Le sang des sorcières coule à flots dans les égouts », dit le proverbe. Chez nous, toutes les mères enseignent à leurs filles quelques sorts mineurs pour empêcher la marmite de déborder ou pour faire fleurir les pivoines hors saison. Tous les pères apprennent à leurs fils comment enchanter les manches de hache pour qu’ils ne se brisent pas et les toitures pour qu’elles ne fuient pas.

Notre père ne nous a appris que dalle, sinon ce qu’un renard apprend aux poules – comment courir, trembler, survivre à un salaud comme lui –, et notre mère est morte avant d’avoir pu nous enseigner quoi que ce soit. Mais on avait Mama Mags, la mère de notre mère, et elle ne plaisantait pas avec les marmites et les pivoines.

Le Temps des Sorcières – Alix E. Harrow

Avant, quand l’air était si imprégné de magie qu’il laissait un goût de cendres sur la langue, les sorcières étaient féroces et intrépides, la magie flamboyait et la nuit leur appartenait. Ce temps n’est plus, les hommes ont dressé des bûchers, et les femmes ont appris à se taire, à dissimuler ce qui leur restait de magie dans des comptines, des formules à deux sous et des contes de bonne femme. Mais la vraie sorcellerie n’a besoin que de trois choses pour renaître : la volonté de l’écouter, les vers pour lui parler, et les voies pour la laisser pénétrer le monde. Car tout ce qui est important va par trois. Ainsi des sœurs Eastwood : Bella, Agnès et Genièvre. Mues par la colère, la peur… et une pulsation écarlate qui ne demande qu’à revivre, des dons qu’elles découvrent peu à peu. Il suffit pour cela de s’unir, et d’y croire, de traquer tous les interstices où elle se dissimule. Car la magie, c’est d’abord penser que chacun est libre d’agir, même si le mal rôde. Le temps des Sorcières pourrait alors bien revenir, pour notre plus grand bénéfice à tous, hommes et femmes.